Décès d’André ZWEYACKER, figure emblématique et ancien Président de la FFCU

C’est avec tristesse que nous vous annonçons le décès de Monsieur André Zweyacker, survenu le mercredi 05 octobre 2022, à l’âge de 96 ans. Nos pensées vont à sa famille et à ses proches.

André Zweyacker, président d’honneur de la FFCU, succéda à Louis François de 1979 à 1997. Sous sa présidence, il a participé à la création de la Fédération mondiale des associations, centres et clubs UNESCO ainsi que de la Fédération Européenne des Associations et Clubs UNESCO. Il fut également instituteur, agrégé d’histoire et de géographie puis inspecteur général pour l’Education Nationale.

L’investissement d’André était multiple, puisqu’il était membre-fondateur de l’association Centre départemental de la Mémoire, de la Résistance et de la déportation en Dordogne, président de l’association Mémoire et Histoire et membre du comité de l’ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants et Ami(e)s de la Résistance.

Ce parcours suscitant l’admiration nous permet de nous rappeler d’André comme d’un homme de conviction, investi, bienveillant et respectueux. En hommage à son militantisme, et son engagement pour les enjeux éducatifs nous vous partageons quelques photographies d’archive où André intervenait au cours de divers congrès à Paris (UNESCO), Ekaterineneburg, Genève (ONU).

Les obsèques ont eu lieu le 12 octobre à 10h00 à l’Eglise de Vallereuil (24190).

Vous trouverez ci-après l’hommage porté à André par son successeur, Claude Baudoin, aujourd’hui président honoraire de la FFCU :

Très cher André,

Que ta belle et riche famille nous pardonne, mais tu avais aussi d’autres enfants, des enfants spirituels que tu as inspirés par ton exemplarité, dont certains sont présents ici et d’autres, empêchés, présents par la pensée et ou leurs textes.

Il y a une quarantaine d’années, tu labourais ton sillon d’IPR d’HGE dans les collèges et lycées de l’académie de Créteil (et pas que) et repérais quelques-uns d’entre nous (pour moi ce fut dans le 93…à Noisy-le-Grand) pour intégrer un groupe national du CNDP jaugeant les ressources pédagogiques en éducation civique, puis devenir formateurs et surtout…intégrer la galaxie des clubs UNESCO. Pour moi ce fut le CA, puis le bureau, trésorier, vice-président…jusqu’au jour où après avoir repoussé les échéances, j’eus l’immense bonheur de te succéder comme président.

Surtout tu rassemblas autour de toi un groupe expert, y compris pour le ministère, dans les domaines de l’éducation au développement durable et de l’éducation aux droits humains, tant pour toi tout cela était indubitablement lié. Et c’est là, précisément, qu’en regardant dans le rétroviseur de cette quarantaine d’années, je compris les raisons de la fidélité de l’engagement de nombre d’entre nous à ce que tu incarnais de pertinence et de modernité des travaux de l’UNESCO :

• La globalité des problématiques pour la paix. Tu termines ta Présentation de La Conquête mondiale des droits de l’homme (1998) par ces mots : « De plus en plus de textes lient aux droits de l’homme les questions de la démocratie et de développement dans la perspective d’une culture de paix. C’est à cette démarche plus globale mais plus riche de sens que nous convions le lecteur… »

• Une vision dynamique et évolutive des droits toujours en mouvement : « …on pourrait retenir le double mouvement d’approfondissement et d’extension des droits dans une quête d’universalité ».

• L’articulation de l’universalisme des droits et de l’unicité des personnes, des groupes humains, des cultures. Au passage tu précises le vocable : « C’est pourquoi on parle plus volontiers d’universalisme (s’adressant à tous) que d’universalité (ratifiée par tous les États) des droits de l’homme »

• Enfin, ton maître mot, au cœur de tout projet éducatif, mot que Martine, ta fille, rappelait il y a encore quelques jours comme étant celui qui te tenait le plus à cœur : la compréhension. Voilà pourquoi, dans le même texte, tu citais l’article 26/2 de la DUDH qui définit la finalité de l’éducation : « L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personne humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié (…) »

Cette lecture synthétique de tes apports théoriques est brève et personnelle. D’autres mettront en lumière d’autres pans de ton œuvre et de ta pensée. Mais il y a un mystère à éclairer : pourquoi cette fidélité à ta personne, pendant des dizaines d’années, des militants de la Fédération française des clubs UNESCO ? Pourquoi, pour eux comme pour nombre de délégations d’autres fédérations (j’ai pu en juger à Dakar, à Sinaïa ou à Ekaterinbourg), tu as incarné une référence absolument crédible ?

La réponse est peut-être dans cette anecdote des années 80 : lors d’une formation de formateurs sur les nouveaux programmes d’Éducation civique de collège (1985), alors IPR, tu accompagnais quelques-uns d’entre nous lors de cette explicitation assurée par un IGEN que je ne nommerai pas…. Lorsque nous avons interrogé ce dernier sur l’intitulé du 1er chapitre de 6ème « Respect de soi, respect des autres » et notamment la première proposition, celui-ci nous répondit : « Respect de soi, c’est l’hygiène, être propre sur soi, se laver les dents, etc… ». Nous ne doutions pas de l’importance de l’hygiène… mais lorsque tu te joignis à nous pour le déjeuner, tu semblais un peu désemparé, nous confiant en déambulant : « Je croyais que le respect de soi c’était mettre en accord sa pensée, ses paroles et ses actes ».

Voilà le mystère résolu : il ne s’agissait pas seulement de la pertinence et de la justesse de tes analyses, de leurs dimensions globales et dynamiques, ni même de la référence aux valeurs issues du meilleur de la coopération intellectuelle internationale… Tu étais crédible à nos yeux d’éducateurs, car…tu mettais en accord permanent ta pensée et ton action dans ta manière d’être au Monde. Voilà pourquoi je n’ai cessé de répéter, cher André, que tu étais l’un.e des deux ou trois hommes / femmes remarquables que j’ai rencontrés dans ma vie.

Merci à ta famille – car je crois que ton épouse et tes enfants t’ont aussi beaucoup apporté – qu’elle permette à ta seconde famille, celle de l’éducation, de joindre ses profonds remerciements et hommages, au moment où, l’œuvre accomplie, tu dépasses la galaxie UNESCO pour rejoindre définitivement celle… du plus humain de l’humanité.

Sois persuadé enfin que, sous des formes qui ne cesseront d’évoluer, nous continuerons inlassablement ton œuvre par l’éducation à la compréhension, qu’elle soit internationale, interculturelle, interpersonnelle, intersectionnelle, etc…

Merci André !

Claude Baudoin
Président honoraire FFCU
12 octobre 2022


Également, l’hommage de Jean-Pierre Roussarie, ancien délégué fédéral des Clubs Unesco en région Nouvelle Aquitaine :

André ZWEYACKER restera dans nos esprits et nos engagements un guide moral et intellectuel exemplaire.

Fervent promoteur des Droits Humains, il a toujours souligné avec force le rôle essentiel de l’Education dans le respect de l’égalité et de la dignité pour chaque individu quel que soit son lieu de vie dans le monde.

Nous lui en sommes très reconnaissants.

Enfin comment ne pas remarquer sa grande élégance naturelle présente jusque dans sa belle manière de s’exprimer et une exquise délicatesse dans le choix de chaque mot.

Toutes nos sincères condoléances à tous les membres de sa belle famille.

Jean-Pierre Roussarie
Ancien délégué fédéral des Clubs Unesco en région Nouvelle Aquitaine.