Fenêtre sur l’UNESCO #10

Prix UNESCO-Roi Hamad Bin Isa Al-Khalifa, nouveau « Tracker : Culture et Politiques Publiques », rapport sur l’ingénierie au service du développement durable et commémoration du génocide rwandais, quelles ont été les actualités de l’UNESCO ces dernières semaines ?  

 

     L’UNESCO promeut l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le secteur éducatif

Tourné vers la coopération internationale dans les domaines des sciences et des technologies, l’UNESCO continue d’appuyer les efforts des jeunes penseurs et leaders de demain, à travers le Prix UNESCO-Roi Hamad Bin Isa Al-Khalifa. Instauré en 2005, avec le soutien du Royaume du Bahreïn, ce Prix est décerné chaque année par un Jury international d’experts reconnus dans le secteur de l’éducation aux chercheurs qui ont eu recours aux technologies de l’information et de la communication (TIC) de manière astucieuse afin de développer de meilleures stratégies et pratiques en matière d’éducation et d’apprentissage à l’ère du numérique. 

Les lauréats de cette édition 2020, placée sous le thème de l’intelligence artificielle (IA), sont le programme “One college student per village” de la République populaire de Chine et la plateforme d’éducation collaborative “Ville” de la Finlande. Ils ont ainsi été récompensés d’une médaille et d’une rétribution de 25 000 dollars pour leurs initiatives novatrices, qui mettent l’intelligence artificielle au service de l’objectif 4 relatif à l’éducation du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Le programme “One college student per village” de l’Université ouverte de Chine (OUC) tire profit de l’intelligence artificielle pour faciliter l’apprentissage et l’évaluation des élèves qui se trouvent dans les campagnes les plus reculées du pays. Établi en 2004 dans 31 provinces rurales, avec le soutien de Ministère de l’éducation chinois, ce programme a permis à des élèves d’accéder à des cours à distance de qualité, notamment grâce à l’analyse vocale et sémantique, à l’étude des mégadonnées (big data) et au système de notation automatique. 

La Finlande est réputée pour son approche novatrice de l’enseignement, s’appuyant tout particulièrement sur les ressources numériques dans l’éducation, à l’instar de l’outil digital ThingLink, qui avait lui aussi été récompensé en 2018 du Prix UNESCO-Roi Hamad Bin Isa Al-Khalifa.

Cette année, c’est Le Centre for Learning Analytics de l’Université de Turku qui obtient le Prix, grâce à sa plateforme numérique éducative “Ville” qui  s’adapte aux besoins spécifiques des élèves, grâce à des analyses détaillées de leur apprentissage. Cette plateforme permet également aux professeurs et aux élèves, allant du primaire jusqu’à l’université, de bénéficier d’un enseignement qualitatif et individualisé, reposant sur les données récoltées par un moteur d’intelligence artificielle performant.

 

Pour aller plus loin…en quoi consiste l’objectif 4 de l’Agenda 2030 pour le développement durable ?

Adopté le 25 septembre 2015 par l’Assemblée générale des Nations Unies, le Programme de développement durable à l’horizon 2030, aussi appelé l’Agenda 2030 pour le développement durable, appelle à une transformation complète de tous les pays, dans les domaines de l’économie, du développement social et de la protection de l’environnement d’ici 2030. L’ensemble de ces objectifs indique la route à suivre pour construire un monde durable, solidaire et équitable. 

Le 4ème objectif porte spécifiquement sur les enjeux liés à l’éducation et à l’enseignement, qui sont au cœur des priorités de l’UNESCO et enjoint les gouvernements à veiller à ce que tous puissent suivre une éducation de qualité dans des conditions d’équité et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie”.

La qualité de l’éducation, l’accessibilité aux ressources éducatives, l’inégalité des sexes et la question du financement sont autant de défis que les États et les acteurs clés de l’enseignement doivent relever, tout particulièrement dans les pays en développement. 

Bien que juridiquement non obligatoire, l’Agenda 2030 plante expressément les premiers jalons d’une réforme universelle du système éducatif, fondée sur l’équité, l’accessibilité, l’inclusion et la qualité des apprentissages, à l’échelle mondiale. 

 

Nouveau Tracker : Culture et Politiques Publiques ” sur la Paix

Le nouveau numéro du “Tracker : Culture et Politiques Publiques”, bulletin d’information mensuel lancé en septembre 2020 par l’UNESCO, vient de paraître. La thématique de cette dernière édition ? La culture et la paix, deux notions interconnectées :  permettant le partage et l’union entre les peuples, la culture se trouve en effet fortement impactée en cas de conflit.

Dans le cadre du programme de développement durable de l’Agenda 2030, adopté par la majorité des États membres de l’ONU, 17 objectifs ont été fixés. A travers Tracker, l’UNESCO souhaite faire un état des lieux du rôle des politiques publiques relatives à la culture dans la réalisation de ces objectifs, et souhaite fournir un aperçu de l’évolution de l’intégration de politiques culturelles dans les différents pays.

Chaque numéro du Tracker est construit autour d’une thématique liée au développement durable – comme le tourisme culturel, le multilatéralisme ou le changement climatique, envisagée sous l’angle de la culture dans les politiques publiques. Tous les numéros sont accessibles en ligne et téléchargeables sur le site, en français.

Chaque numéro se compose de quatre rubriques :

– “Focus sur les politiques culturelles”, qui présente les dernières mesures mises en place au niveau national en matière de politiques culturelles ;

– “À l’horizon”, un dossier qui donne un aperçu de la situation actuelle, à l’échelle mondiale, par rapport au thème abordé dans le numéro : pourquoi et en quoi ce thème, au niveau politique, est primordial pour le développement durable, les défis à relever, les opportunités et les solutions envisagées par l’UNESCO.

– “Perspectives régionales”, qui met en avant les innovations en matière de politiques culturelles au niveau régional  ;

– “La culture dans le Programme 2030”, qui s’appuie sur les données transmises par les États dans leurs examens nationaux volontaires (ENV).

 

Le petit +

Concept phare des Nations Unies, le développement durable a été défini en 1987 par le Rapport Brundtland comme un développement permettant de “répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations à venir de satisfaire les leurs” (Source : UNESCO).

 

Publication du rapport 2021 sur “l’ingénierie au service du développement durable”

Après son rapport historique intitulé “Ingénierie : enjeux, défis et opportunités pour le développement” de 2010, l’UNESCO a publié un second rapport sur l’ingénierie, afin d’actualiser ses recherches sur ce sujet majeur au regard des problématiques d’aujourd’hui.

L’UNESCO a partagé ce rapport à l’occasion de la “Journée mondiale de l’ingénierie pour le développement durable” , qui a eu lieu le 4 mars dernier .

Une conférence en ligne a été organisée conjointement par l’UNESCO, l’Académie chinoise d’ingénierie, le Centre international de formation en ingénierie (ICEE) et la Fédération mondiale des organisations d’ingénieurs (FMOI/WFEO), pour célébrer cette Journée et présenter le rapport sur “l’ingénierie au service du développement durable”.

Le rapport présente des études de cas, des technologies émergentes – telles que les métadonnées et l’Intelligence artificielle – et des solutions possibles. Il rend compte du rôle primordial de l’ingénierie dans la réalisation des 17 objectifs de l’Agenda 2030. Par ailleurs, il témoigne du caractère fondamental de l’ingénierie pour le développement durable et révèle en quoi le rôle des ingénieurs est essentiel pour répondre aux besoins humains fondamentaux.

Les ingénieurs sont la clé du présent et de l’avenir de l’humanité et de la planète. Il y a néanmoins une pénurie d’ingénieurs dans le monde par rapport aux besoins. Pour répondre à ce problème, l’UNESCO encourage à “garantir une profession inclusive et équilibrée sur le plan des sexes”.

A travers ce rapport, l’UNESCO souhaite alerter les gouvernements, les industries, les universités et la société civile sur cette nécessité qu’est le développement de l’ingénierie dans le monde, et encourage les collaborations.

 

Commémoration du 27ème anniversaire du génocide rwandais

Le 7 avril dernier, l’UNESCO ainsi que l’ensemble de la communauté internationale ont commémoré le 27ème  anniversaire du génocide rwandais, contre les Tutsi, qui a débuté le 7 avril 1994, sous les ordres du gouvernement dictatorial hutu et des forces armées rwandaises (FAR). L’ONU estime le bilan humain à 800 000 morts, en majorité des Tutsi. 

Le 23 décembre 2003, l’Assemblée générale des Nations Unies a fixé, à cette même date, la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, incitant les acteurs internationaux, à travers la résolution 58/234, à honorer la mémoire des milliers de victimes, qui ont péri d’avril à juillet 1994 dans d’atroces circonstances. 

A l’occasion de cette Journée, l’UNESCO a organisé une table ronde, en collaboration avec la Chaire UNESCO sur l’éducation au génocide de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de l’Université de Californie du Sud, avec la délégation permanente du Rwanda auprès de l’UNESCO et en partenariat avec l’Action mondiale contre les crimes d’atrocité de masse (GAAMAC).

Cette table ronde, intitulée “Du discours de haine au génocide : leçons du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994”, dresse les tenants et aboutissants de ce massacre à grande échelle et sensibilise les citoyens aux causes et aux procédés génocidaires.

Diffusion de la table ronde en français

 

Pour aller plus loin… le génocide des Tutsi au Rwanda

Le génocide des Tutsi au Rwanda constitue l’une des “hécatombes du XXème siècle, au même titre que le génocide des arméniens aux mains des Ottomans ou que l’extermination de la population juive par le Troisième Reich. 

Si le génocide débute le 7 avril 1994, à la suite du décès soudain du président rwandais Juvénal Habyarimana et d’autres personnalités politiques burundaises et rwandaises, les tensions ethniques, et plus particulièrement l’hostilité envers l’ethnie Tutsi, avaient été entretenues depuis plusieurs décennies par les autorités politiques en place. 

En l’espace de 100 jours, des milliers de Rwandais, y compris des Hutus modérés, sont massacrés, femmes et enfants y compris, par la milice Hutu mais aussi de nombreux civils. Des crimes d’une violence inouïe se succèdent, tandis que la communauté internationale, face au meurtre d’une dizaine de MINUAR (Casques bleus positionnés au Rwanda par l’ONU en 1993) et à l’ampleur du désastre, échoue à porter secours aux victimes, qui périssent aux mains du gouvernement extrémiste Hutu Power. 

Le génocide prend finalement fin lorsque le Front Patriotique Rwandais (FPR) s’empare de la capitale Kigali après plusieurs affrontement périlleux avec le FAR, et établit un gouvernement d’unité nationale, après avoir évincé les dirigeants Hutus. 

En novembre 1994, le Conseil de sécurité des Nations Unies met en place le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui a pour fonction de “juger les personnes présumées responsables d’actes de génocide et d’autres violations graves du droit international humanitaire commises sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés responsables de tels actes ou violations du droit international commis sur le territoire d’États voisins entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994″.

 

 Le saviez-vous?

Le 5 avril 2019, le président de la République Emmanuel Macron a lancé la Commission française d’historiens sur le rôle de la France au Rwanda,  surnommée la Commission Duclert, afin d’élucider le rôle exact du gouvernement français dans le génocide de 1994. Depuis plusieurs décennies, de nombreux soupçons pesaient sur la responsabilité de la France vis-à-vis du génocide rwandais, survenu 27 ans plus tôt.

Pendant deux ans, un groupe d’historiens, présidé par l’historien et ancien directeur du CESPRA Vincent Duclert, s’est penché sur la question, étudiant minutieusement les archives de l’État français, alors sous le mandat du président François Mitterrand

Le fruit de cette investigation  consiste en un rapport de près de 1000 pages, remis au président Macron le 26 mars dernier. La conclusion de ce rapport est sans appel : il impute formellement au gouvernement français un “ensemble de responsabilités, lourdes et accablantes” (page 973 du rapport).

Si le régime français n’a ni encensé ni participé à l’extermination raciste des Tutsi, il a longtemps soutenu les gouvernements rwandais (pour conserver sa sphère d’influence en Afrique de l’Est), qui contribuaient publiquement à la haine raciale et à la marginalisation des Tutsi : “ La France s’est néanmoins longuement investie au côté d’un régime qui encourageait des massacres racistes. Elle est demeurée aveugle face à la préparation d’un génocide par les éléments les plus radicaux de ce régime. Elle a adopté un schéma binaire opposant d’une part l’ami hutu incarné par le président Habyarimana, et de l’autre l’ennemi qualifié d’« ougando-tutsi » pour désigner le FPR” (Page 972).

Le 7 avril dernier, le président rwandais Paul Kagame a salué le travail de Duclert et des historiens de la Commission, affirmant que le rapport était “un important pas en avant”. 

 

Rapport Duclert: La France, le Rwanda et le génocide des Tutsi (1990-1994)

 

Dans les semaines à venir la Fédération vous invite à garder un œil sur … 

 

23 avril: Journée mondiale du livre et du droit d’auteur

1,2,3… Lecture ! Si les consignes sanitaires ont contraint des millions de citoyens à prendre leurs distances, elles ont paradoxalement (r)éveillé la soif de lecture chez d’autres, satisfaisant ainsi les besoins d’évasion et de partage via la littérature.

Chaque 23 avril, l’UNESCO célèbre la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Proclamée lors de la Conférence générale de l’UNESCO de 1995, elle invite les lecteurs du monde entier à célébrer le pouvoir de l’imagination et sensibilise à la question du droit de l’auteur. 

  En savoir plus sur cette célébration