Le Coup de cœur de Sorenza: Pixar ou l’art de représenter l’inclusivité dans l’animation

 

Pixar ou l’art de représenter l’inclusivité dans l’animation 

 

Les films d’animation ont beau être relativement récents (ils n’ont été commercialisés qu’au début du siècle dernier), ils ont su s’inscrire durablement dans nos imaginaires, répondant simultanément aux besoins de divertissement et d’évasion de la population, et en servant d’écho, de support aux mouvements de pensée et aux idéologies contemporaines. 

Si pour Walt Disney, l’un des précurseurs de l’animation moderne, l’animation devait délaisser la réalité terne pour ravir l’imagination colorée des petits et des grands, les studios Pixar ont plutôt penché pour la seconde finalité, la cause informative: le film d’animation se doit de refléter, de près ou de loin des problématiques concrètes ou actuelles à l’image de Coco (2017) ou La-Haut (2009) qui transposent avec justesse le déchirement émotionnel que suscite la perte d’un être aimé, ou encore Les Indestructibles (2004) qui évoque subtilement la tyrannie de l’opinion publique. 

En effet, puisqu’ils ne reposent pas sur des contes de fées préexistants comme les films Disney, les films Pixar ont la vertu d’être originaux, réalistes, authentiques. 

Toutefois si les films Pixar connaissent, à quelques exceptions près, un succès retentissant (à l’instar de Soul, sorti en décembre dernier), leurs courts-métrages, pourtant de qualité, passent souvent inaperçus. 

Voici donc une sélection de 5 courts-métrages, disponibles sur la plateforme Disney+, 5 chefs-d’œuvre incisifs, poétiques et inclusifs, qui mériteraient votre attention. 

  •  Renée (2020): réalisé par Erica Milsom, ce film donne matière à réfléchir sur les enjeux de la communication entre les personnes neurotypiques et les personnes autistes, plus particulièrement les personnes non-verbales. A travers la sensibilité étonnante de Renée, cette adolescente autiste qui se sert d’une application pour transmettre son ressenti, le monde prend un tout nouveau sens, unique et radieux. Ce film donne à réfléchir sur le langage et ses codes, qui n’est pas forcément un vecteur efficace et universel des sentiments, mais aussi sur la beauté de l’empathie, de la tolérance et de la neurodiversité
Source: Wikipedia
  • Purl (2018): sous la direction de Kristen Lester, ce court-métrage suit la progression périlleuse de Purl, une boule de laine rose, à l’énergie contagieuse, dans une start-up ultra-masculine et ultra-sectaire, dans lequel elle se heurtera systématiquement aux préjugés sexistes et misogynes, dans l’indifférence générale. Il dénonce aussi le manque de diversité flagrant qui renforce certaines attitudes et mentalités de groupe propices à l’exclusion et à la discrimination: ainsi pour s’intégrer, ou plutôt pour rentrer dans le moule, Purl fait elle-même preuve de sexisme vis-à-vis de la nouvelle employée. Mention spéciale au “plafond de verre”, qui est astucieusement symbolisée par une porte en double vitrage que les collègues masculins de Purl lui ferment par deux fois au nez et qu’elle peine à pousser seule.
  • Bao (2018): réalisé par Domee Shi, la première réalisatrice de l’histoire de Pixar, ce court-métrage s’est vu récompensé de l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation. Poignant quoique un grain insolite, ce film muet décrypte la douloureuse solitude d’une mère sino-canadienne après que son fils ait quitté le nid, et sa tentative de pallier à ce vide en “adoptant” un “baozi”, une sorte de ravioli, pour fils de substitution.
    Source: Wikipedia
  • Out (2020): écrit et réalisé par Steven Hunter, c’est le premier film d’animation de l’univers Pixar et Disney (Pixar ayant été racheté par Disney en 2006) a avoir un protagoniste ouvertement gay, Greg. Il expose avec légèreté le dilemme épineux auquel de nombreuses personnes homosexuelles sont sujettes lorsqu’elles veulent faire le coming-out auprès de leur entourage, dans un monde délirant et flamboyant où les hommes et les chiens peuvent échanger de corps au moyen d’une laisse envoûtée. 

 

  • Float (2019): réalisé par Bobby Rubio, Float (L’envol en français) est le plus contemplatif de cette sélection. Mettant en scène une relation quasi fusionnelle entre un père célibataire et son fils, ce film arrachera quelques larmes aux plus stoïques d’entre nous, par sa délicatesse inimitable. Le fils se trouve être doté d’une incapacité à rester sur le sol ferme, en d’autres termes, à une capacité à flotter gracieusement dans les airs, aux grand dam des autres parents. Ainsi, il se trouve injustement mis à l’écart pour cette différence, cette dissemblance qui le cantonne au rang de monstre aux yeux du monde. 

Ces courts-métrages puisent l’extraordinaire, non pas dans des contes et autres récits fantaisistes, mais dans la magie du quotidien, dans la merveilleuse singularité de l’existence humaine pour nous divertir et nous informer. Leurs réalisateurs, engagés dans une quête de tolérance et de bienveillance, ont à cœur de véhiculer des récits atypiques qui jusqu’alors nous étaient rarement contés, sans chercher à y apposer un filtre brillant ou utopique, mais toujours en voulant reconstituer un monde spectaculaire dans sa diversité, nuancé et vibrant . Un monde à notre hauteur. 

 

Sorenza

Volontaire en service civique à la FFCU