Fenêtre sur l’UNESCO #3

Lutte contre le sida, actions pour la promotion des sciences océaniques et réflexions sur une Intelligence Artificielle éthique, quelles ont été les actualités de l’UNESCO ces deux dernières semaines ? 

 

Programme « O3 – Nos droits, nos vies, notre avenir » de l’UNESCO : agir pour lutter contre le sida 

Chaque année depuis 1988, le 1er décembre est consacré à la Journée mondiale du sida. Depuis la découverte des premiers cas de VIH au début des années 1980, plus de 78 millions de personnes ont été infectées par le virus. Plus de 35 millions d’entre elles sont décédées de maladies opportunistes.

En 2019, 1,7 million cas de nouvelles contaminations ont été répertoriées. 

À la fin des années 1980, la communauté internationale prend progressivement conscience de l’ampleur et de la gravité de l’épidémie de sida qui se répand dans le monde. Dans sa Résolution 43/15 du 20 décembre 1988, l’Assemblée Générale des Nations unies se déclarait profondément préoccupée par la propagation exponentielle du sida compromettant la réalisation de l’objectif de la santé pour tous. 

Comme chaque année, l’UNESCO s’engage dans la lutte contre le sida à l’occasion de cette journée mondiale organisée autour de la thématique « Solidarité  mondiale,  responsabilité  partagée ». En ce sens, la Directrice Générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, a affirmé que ce n’est « que  par  la  solidarité  et  la  responsabilité  partagée  que  nous  pouvons  réellement lutter contre la propagation des menaces pour la santé publique telles que le sida ou le Covid-19 »

En plus de son engagement au sein de ONUSIDA, l’UNESCO agit depuis des années pour développer et renforcer l’éducation complète à la sexualité (ECS) dans le monde. Dans cette perspective, le Programme  « O3 – Nos droits, nos vies, notre avenir » de l’UNESCO a été mis en place en Afrique sub-saharienne pour favoriser l’ESC des jeunes, indispensable pour permettre aux jeunes de se protéger contre la transmission du VIH. Dans une région comptant actuellement 158 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans, le développement de ce programme aide les États de la région à améliorer les dispositifs de prévention existants et à en développer de nouveaux.  

Selon l’UNESCO, ce programme aurait déjà permis d’améliorer l’accès l’ECS pour plus de 15 millions de jeunes dans 33 pays d’Afrique subsaharienne contribuant à diminuer le nombre de contaminations au VIH mais aussi à lutter contre le nombre de grossesses précoces et non désirées. L’action de l’UNESCO dans ce domaine permet également de lutter contre les violences fondées sur le genre pour à terme les éradiquer. 

En savoir plus sur ce programme 

 

Le saviez-vous … ? 

L’ONUSIDA est le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida. Créé en 1996 et siégeant à Genève, ce programme unit les efforts de 11 organismes des Nations unies, parmi lesquels l’OMS, l’UNICEF, le UNHCR, l’UNESCO, le PNUD et ONU Femmes, pour vaincre l’épidémie mondiale du sida. 

Depuis le mois d’août 2019, Winnie Byanyima est la Directrice exécutive de l’ONUSIDA. Nommée par le Secrétaire Général des Nations unies António Guterres pour succéder au malien Michel Sidibé (2009-2019) à la direction de ce programme, elle a également été nommée Secrétaire générale adjointe des Nations Unies. 

Née en Ouganda, Winnie Byanyima est diplômée en génie mécanique et aéronautique. Figure de proue de la lutte pour la justice sociale et de l’égalité des sexes, elle n’est pas une femme d’un seul combat. Parlementaire ougandaise pendant onze ans, elle a dirigé le premier groupe de femmes parlementaires à l’origine de changements constitutionnels majeurs en 1995 en faveur de l’égalité des sexes. 

Désormais à la tête de l’ONUSIDA, elle a pour objectif d’éliminer l’épidémie de sida dans le monde d’ici 2030. Considérant que l’accès aux soins est un droit humain, elle est l’une des premières personnalités de premier plan à avoir exigé la mise à disposition gratuite d’un vaccin contre le Covid-19 dans le monde entier.  

Pour le 1er décembre, Winnie Byanyima a insisté sur l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur l’avancée de la lutte contre le sida. Selon elle, l’épidémie actuelle de coronavirus « menace les progrès accomplis au cours des vingt dernières années dans le domaine de la santé et du développement, y compris pour ce qui est des avancées de la lutte contre le VIH ». Elle a également rappelé que comme toutes les épidémies, celle du Covid-19 accentue les inégalités existantes, inégalités entre les sexes, raciales, sociales et économiques, qui affaiblissent le monde entier. 

Seules une solidarité mondiale et une responsabilité partagée pourront nous permettre de faire face à l’épidémie actuelle, à l’épidémie du sida et aux épidémies à venir et de garantir un droit universel à la santé. 

Retrouver la déclaration de Winnie Byanyima à la presse pour le 1er décembre 2020 

 

Reconstruction de Beyrouth : les engagements de l’UNESCO 

Le 4 août 2020, la capitale libanaise a été détruite par plusieurs explosions. Ayant coûté la vie à plusieurs centaines de personnes et blessé des milliers d’autres, ces explosions ont également gravement endommagés plusieurs quartiers historiques de la ville dans lesquels se situent notamment d’importants musées, galeries et sites religieux. 

Selon l’UNESCO, 8000 immeubles ont été touchés, 640 bâtiments historiques ont été endommagés  et 160 écoles ont été totalement ou partiellement détruites. 

L’UNESCO agit régulièrement pour sensibiliser à la catastrophe à laquelle doit faire face la ville de Beyrouth. Catastrophe humanitaire, sociale, économique et culturel, de solides financements doivent être réunis pour aider à la reconstruction de la ville et à la reprise de la vie éducative et culturelle. À ce titre, L’UNESCO s’efforce de mobiliser diverses parties prenantes libanaises et étrangères pour coordonner les mesures d’urgence à court terme et pour sauvegarder le système éducatif et le patrimoine culturel de la ville à long terme.

Dans le cadre de l’initiative #LiBeirut ou #ForBeirut lancée le 27 août 2020, l’UNESCO a alloué une partie du Fonds d’urgence pour le patrimoine pour assurer la sécurisation de bâtiments historiques endommagés. De plus, La semaine dernière, l’UNESCO a annoncé un don de 500 000€ de la part du gouvernement allemand pour soutenir ce projet. 

Retrouver la campagne vidéo #ForBeirut de l’UNESCO 

 

Pour aller plus loin … qu’est-ce que le Fonds d’urgence pour le patrimoine ?

Créé en 2015, le Fonds d’urgence pour le patrimoine de l’UNESCO est un mécanisme de financement multi-donateurs permettant à l’UNESCO d’agir rapidement et efficacement pour protéger le patrimoine du monde entier dans des situations de conflits armés ou de catastrophes naturelles et humaines. 

Les ressources collectées ne sont pas allouées de manière prédéfinie pour permettre à l’UNESCO de les débloquer lorsqu’une intervention est nécessaire pour aider les États. 

Utilisé à plusieurs reprises, ce Fonds a notamment permis l’envoi au Mali en 2017 d’une mission d’évaluation des dommages concernant le « Tombeau des Askia » inscrit sur la Liste du patrimoine mondial depuis 2014. Le ministère de la culture malien avait à l’époque sollicité l’aide de l’UNESCO après que les très fortes précipitations de la saison des pluies du mois d’août 2017 aient provoqué l’effondrement d’une partie de ce site. 

Pour en savoir plus sur le Fonds d’urgence pour le patrimoine de l’UNESCO 

 

L’étude du patrimoine subaquatique au service de la protection des océans et du développement durable

Le 26 novembre 2020, l’UNESCO a accueilli une réunion d’experts archéologues sous-marins et de scientifiques marins pour échanger sur la mise en œuvre de la Décennie pour les sciences océaniques au service du développement durable (2021-2030). 

Souvent méconnu du grand public, le patrimoine culturel subaquatique revêt pourtant une valeur inestimable que l’UNESCO s’engage depuis des années à protéger. La Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique de 2001 est un instrument clef en la matière à travers lequel l’UNESCO affirme l’importance de « la recherche, l’information et l’éducation pour la protection et la préservation du patrimoine culturel subaquatique »

À l’occasion de cette réunion d’experts, le patrimoine subaquatique n’a pas été au centre des discussions uniquement pour sa valeur culturelle. De fait, les participants ont unanimement reconnu  l’importance de l’archéologie sous-marine pour mieux comprendre les océans et ainsi explorer de meilleurs moyens de les protéger. L’étude du patrimoine subaquatique est donc désormais un domaine privilégié pour tenter de protéger les océans ! 

 

Pour aller plus loin : Qu’est-ce que la Décennie des Nations unies pour les sciences océaniques au service du développement durable ? 

Augmentation des températures, acidification mais aussi surpêche et surexploitation menaçant les écosystèmes marins sont des réalités que nous ne pouvons plus nier. Néanmoins, bien que nous soyons en 2020, la communauté internationale n’a que très lentement pris conscience des dangers liés à l’activité humaine pesant sur les océans. 

En décembre 2017, l’Assemblée Générale des Nations unies a proclamé la décennie 2021-2030 « Décennie des sciences océaniques pour le développement durable » (Résolution 72/73 du 5 décembre 2017 intitulée « Les océans et le droit de la mer » paragraphe 292). Succédant à la « Décennie pour la biodiversité » qui s’achèvera en décembre, la thématique phare de cette décennie à venir témoigne d’une prise de conscience de l’urgence d’agir de la part des Nations unies. 

Cette décennie vise à mobiliser la communauté scientifique, les décideurs politiques des États, les entreprises mais aussi la société civile autour d’un programme commun de promotion des sciences océaniques au service du développement durable. Elle vise également à accélérer la réalisation de l’objectif 14 du Développement Durable des Nations unies. 

La mise en œuvre de son programme à été confiée à la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’UNESCO qui œuvre depuis des années pour favoriser la coopération internationale dans le domaine des sciences océaniques. Cette lourde tâche témoigne encore une fois de la diversité des domaines dans lesquels s’engage chaque jour l’UNESCO. 

 

« L’océan est notre nouvelle frontière. Il recouvre 71% du globe, mais nous le connaissons à peine et nous en avons exploré moins de 5%. » 

Audrey Azoulay

En savoir sur la Décennie des Nations unies pour les sciences océaniques au service du développement durable (2021-2030)

 

L’UNESCO, moteur des réflexions sur l’éthique de l’IA 

Alors que la pandémie mondiale de Covid-19 a considérablement accéléré l’utilisation et le développement des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle (IA) dans des domaines variés tels que l’enseignement ou la sécurité, de nouveaux défis accompagnent inévitablement ces changements. 

Le 2 décembre 2020, le travail de l’UNESCO a été reconnu parmi les meilleures initiatives relatives à l’intelligence artificielle ayant un impact social et éthique dans le monde. L’UNESCO fait partie des 10 lauréats reconnus pour leurs efforts pour l’élaboration d’une Recommandation mondiale sur l’éthique de l’IA

Pour l’UNESCO, l’IA et les nouvelles technologies constituent une immense opportunité pour le développement durable. Néanmoins, son utilisation comporte divers risques. Par exemple, l’extraction de données consomme près de 10% de l’énergie mondiale chaque année alors qu’une prise de conscience pour adopter un mode de vie plus respectueux de la planète est nécessaire. De même, le développement de l’IA fait l’objet de débats virulents quant à l’omniprésence des discriminations. À ce titre, Tendayi Achiume, la Rapporteuse Spéciale sur le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et les autres formes d’intolérance a vivement dénoncé en juillet dernier l’utilisation grandissante de l’IA en rappelant que « La technologie n’est ni neutre ni objective (…)  Elle est fondamentalement façonnée par les inégalités raciales, ethniques, de genre et autres qui prévalent dans la société, et aggrave généralement ces inégalités »

Article ONU Infos sur l’intervention de Tendayi Achiume 

Louée ou décriée, l’IA est désormais une réalité qui n’a vocation qu’à se développer et pour cette raison précise il est tout à fait nécessaire que toutes les parties prenantes, des citoyens aux organisations internationales en passant par les États et les entreprises se mobilisent pour s’accorder quant à la ligne de conduite à adopter en la matière. Le travail de l’UNESCO pour réfléchir à un avenir éthique de l’IA est nécessaire pour établir un dialogue mondial en la matière et éviter absolument le développement de zone de non-droit. 

 

Le saviez-vous … ? 

Le terme Intelligence Artificielle ou “IA” fait désormais partie de notre langage commun  sans pour autant qu’une définition singulière et unanime n’existe pour la décrire rigoureusement. En ce sens, l’IA désigne autant les systèmes d’IA “fortes”, encore du domaine de la science-fiction à l’image de la série Westworld, que les systèmes d’IA “modérés” qui se multiplient dans notre quotidien pour identifier des visages ou des voix par exemple. 

 

Dans les semaines à venir la Fédération vous invite à garder un œil sur … 

La Conférence de la Journée mondiale de la liberté de la presse 2020 se déroulera aux Pays-Bas les 9 et 10 décembre. Cette édition sera consacrée à la thématique « Le journalisme sans crainte ni complaisance ». Célébrant chaque année les principes fondamentaux de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, cette conférence sera l’occasion de mettre en lumière une nouvelle fois les nouvelles menaces auxquelles sont confrontés les journalistes. 

La Directrice générale de l’UNESCO remettra également le Prix Mondial de la liberté de la presse UNESCO-Guillermo Cano à une personne ou une organisation ayant apporté une contribution exceptionnelle à la défense de la liberté de la presse. 

 

Le 9 décembre sera célébrée la Journée internationale de commémoration des victimes du crime de génocide, d’affirmation de leur dignité et de prévention de ce crime. Instaurée en 2015 par la Résolution 69/323 de l’Assemblée Générale des Nations unies, cette date a été choisie pour commémorer l’adoption de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide en 1948. 

 

Le 10 décembre sera célébrée la Journée des droits de l’homme. Commémorant l’adoption en 1948 de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948 par l’Assemblée Générale des Nations Unies, cette journée sera cette année consacrée à la thématique « Reconstruire en mieux : Défendons les droits de l’homme ». À noter que cette journée revêt une importance particulière pour l’UNESCO qui a été la première institution des Nations unies à placer la Déclaration au cœur de ses actions et à la promouvoir par le biais de l’éducation. 

 

Merci d’avoir consulté notre rubrique, à bientôt !