Un œillet s’est éteint à O Porto


Un œillet s’est éteint à O Porto

De cette belle et pacifique révolutiondes œillets qui avait rendu la liberté à son pauvre pays, au terme de quaranteannées d’oppression fasciste, Silvio en était. Il me la racontait avec passiontandis que j’évoquais mes jeunes années 68. Partage et complicité…

Notre grand Ami Silvio s’enest allé, trop vite, trop tôt, beaucoup trop tôt. Tant de choses restaientencore à faire, tant de combats encore à mener.

Silvio portait à notreFédération une très grande amitié et considérait, au regard de notre histoirefédérale longue de 60 ans d’engagement, qu’il nous appartenait d’ouvrir lavoie. Qu’il s’agisse de construire la Fédération mondiale ou la Fédérationeuropéenne, Silvio, toujours, était à nos côtés, partageant nos analyses etconvictions. Riche de son expérience, maître d’une longue réflexion consolidéeà l’épreuve des faits et de la vie, Silvio nous enrichissait sans cesse de sespropositions et observations ; nos positions communes en résultaient plusconvaincantes et pertinentes encore.

Silvio était un esprit vif,alerte. Aucun débat, aucun échange ne pouvait le surprendre en situationd’inattention ou de distraction. Aucune ambiguïté, aucune approximationn’échappait à sa vigilance ; mieux que personne, il savait éclaircir laquestion qui pouvait faire difficulté.   

Militant sincère, pétrid’idéaux, Silvio se montrait totalement insensible aux jeux de rôles et autresmondanités, que d’autres recherchaient avec grand appétit. Tout était vrai chezcet homme chaleureux et fraternel qui, lorsqu’il offrait son amitié, l’offraità jamais. J’ai eu ce privilège de mériter  l’amitié de Silvio et ma tristesse en estd’autant plus grande.

Je comptais, à O Porto, unfrère qui m’emmenait déguster un excellent « bacalao », magnifiqueplat national portugais, dans un tout petit restaurant niché dans la muraille,sur les quais du Douro. Ne m’avais-tu pas promis, mon Cher Silvio, de m’yramener ? Depuis, séjournant dans ma chère Galice, j’adore déguster cepoisson et, toujours, le souvenir du petit restaurant de la muraille me revient.Depuis lors, mon Cher Silvio, le « bacalao » garde un goût définitif defraternité. 

Le Club UNESCO de O Portovient de perdre son Président, un très grand président.     

Silvio s’intéressait beaucoupà notre projet « Territoires pour l’UNESCO ». Il m’avait demandé delui envoyer tout ce que nous avions pu écrire et conceptualiser sur le sujet.Son ambition était d’inscrire la ville de O Porto dans cette dynamique des« Territoires pour l’UNESCO ». En réalité, cela faisait déjà bienlongtemps que Silvio et le Club de O Porto avaient engagé la ville dans cettevoie.

Silvio était un amoureux dupatrimoine. J’imagine combien devait être grande et diverse sa collection desmonnaies du monde ; à chacune de mes pérégrinations, Liban, Afghanistan ouautre lieu du monde, j’avais toujours quelque pièce qui allait agrandir lacollection de mon ami. Mieux que d’autres, Silvio avait compris que lepatrimoine pouvait être un vecteur puissant de construction d’identitécitoyenne. Il avait appliqué cette idée au territoire municipal de O Porto,dont il avait fait un véritable laboratoire citoyen, en référence explicite auxidéaux de l’UNESCO. Aussi n’avait-il rien à apprendre de nous ; de longuedate, il nous précédait.

Ayant grandi sous ladictature, juriste clairvoyant qui savait l’indispensable relation entre droitet démocratie, connaissant mieux que d’autres le prix de cette dernière, etjaloux de toujours préserver l’autonomie citoyenne, Silvio ne s’en laissait pasconter. Pour nous, Fédération française aujourd’hui contrainte à un conflitdestructeur avec la Commission nationale, le long combat de Silvio contre laCommission nationale portugaise est des plus instructifs. La volonté devassalisation était la même que celle qui, aujourd’hui en France, nousagresse. Jamais Silvio n’y a cédé, affirmant haut et fort la légitimité etle droit du Club de O Porto à brandir l’étendard de l’UNESCO, sans pour celasolliciter l’imprimatur préalable de quelque fausse autorité que ce soit.

En hommage à la mémoire et auxcombats de notre cher Silvio, sans doute conviendra-t-il  de méditer cette belle leçon de courage etd’indépendance.

Jardinier de la liberté, àl’esprit toujours vif et souvent espiègle, tes œillets, mon Cher Silvio,cultivés avec tant de soin, ne sauraient, en réalité, jamais se faner.

Un air triste, un air de fadosans doute, envahit mon cœur…

Le 14 décembre 2016

Yves LOPEZ, Président de la Fédération Française Pour l’UNESCO

Updated on Dec 21, 2016 by Fédération Française Pour l’UNESCO (Version 1)


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